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Stats #3 Le pourcentage qui fait peur

Suite à un fait divers (un délinquant à brûlé une voiture, et c’est une récidive, il avait déjà été arrêté et incarcéré pour le même motif auparavant), un journal publie un chiffre effarant : 66% des brûleurs de voiture sont des récidivistes. Ce chiffre suffit-il pour conclure que décidément, il ne faut que des peines « à vie» car « la récidive, ça suffit bon sang» ?

Voici ce à quoi pourraient ressembler les données au complet, qui ne sont jamais données dans les articles de ce genre.

tableau

Pour savoir si les récidivistes sont plus souvent impliqués dans les délits que les non récidivistes, 1000 personnes ont été suivies. Une partie d’entre elles avait un passé judiciaire (C=Casier), l’autre partie pas de passé judiciaire (NC= pas de casier). Au bout de 5 ans, on regarde si ces personnes ont oui ou non brulé une voiture pendant ces 5 ans.

On a bien 4 récidivistes et seulement 2 non récidivistes parmis les (6) bruleurs de voiture. 4/6*100 = 66%
Par contre, on voit aussi que parmis ceux qui avaient un casier, seulement 4/67, soit environ 6%, ont récidivé. 94% n’ont jamais récidivé.

Je vous laisse conclure quand à savoir si ceux qui ont brulé une voiture une fois méritent généralement une seconde chance ou devraient être emprisonnés à vie.

Edit 01/07/2019 : pour ceux qui auraient vu le lien vers ce blog apparaitre dans les commentaires suite à l’encart de l’ASTEC, j’ai supprimé pour l’instant, je prends un peu plus de temps pour compléter, voir j’envisage un article distinct.

2 réflexions au sujet de “Stats #3 Le pourcentage qui fait peur”

  1. Ajoutons une autre précision utile : le casier ne traduit pas la délinquance réelle mais les condamnations rendues devant le tribunal, ce qui fait qu’elle inclut les condamnés à tort et qu’elle exclut ceux dont les délits n’ont pas été identifiés par les services de police.

    Admettons ensuite qu’il y a des différences d’attitudes des autorités répressives en fonction des populations (ce qui est un fait avéré) et que nous avons en réalité deux populations distinctes (dans le sens « distinguées » par les autorités répressives) : une population A (composée de 200 individus) qui serait 10 fois plus surveillée que la population B (composée de 800 individus).

    Parmi la population A, 60 (30%) ont commis un délit, mais comme ils sont fortement surveillés, 48 se sont fait arrêter et condamnés (24 % de l’ensemble de la population A)

    Parmi la population B, 240 ont commis un délit (30 % également), mais comme ils sont peu surveillés seuls 19 d’entre eux ont été arrêtés et condamnés (2,4 % de la population B).

    Nous retrouvons donc vos 67 individus avec casier (48 de la population minoritaire + 19 de la population majoritaire).

    A ce stade, nous avons deux populations :
    – une population minoritaire A, qui représente 20 % de la population, qui ne commet pas de délit dans des proportions supérieure à l’ensemble, mais qui représentent pourtant 72 % des condamnés.
    – une population majoritaire B, qui représente 80 % de la population, qui ne commet pas des délits dans des proportions inférieures à l’ensemble, mais qui ne représentent pourtant que 28 % des condamnés.

    Notons donc que la population A est discriminée, que la discrimination de cette population aboutira à sa sur-représentation, cette sur-représentation servant de justification au fait qu’ils soient davantage surveillés (et discriminés).

    Admettons qu’il y a eu en réalité 60 personnes ayant brûlé des voitures : 12 ont été brûlées par des membres du groupe A, 48 par des personnes du groupe B. Suivant les mêmes suppositions que celles exposées plus haut, les recherches se sont davantage orientées sur les individus de la catégorie A, ce qui explique que 4 de ceux arrêtés fassent partie de ce groupe, et 2 seulement du groupe B).

    Admettons que les brûleurs de voiture se distribuent de la même manière chez les auteurs de précédents délits (je parle bien d’auteurs de délits et non de condamnés) et chez les non auteurs de précédents délits, on a les probabilités suivantes :
    – 0,96 brûleur de voiture arrêté et condamné et récidiviste étant A : 0,48 % de cette population- 0,0475 brûleur de voiture arrêté et condamné et récidiviste étant B : 0,0059 % de cette population B

    Le pourcentage de récidiviste du groupe A est alors 81 fois supérieur par rapport au groupe B

    Alors, il faut avoir en tête que ce n’est qu’un problème mathématique qui ne prend pas en compte les multiples effets d’interaction qui existent dans la société, ce type de raisonnement étant toujours un peu risqué.

    Il n’empêche, cela me semble bien illustrer un fait simple qui montre l’effet d’interaction entre les discriminations et la prise au sérieux de la notion de récidive. Je ne reviens pas sur l’idée de discrimination sur laquelle ce raisonnement n’apporte pas grand-chose : si on discrimine telle ou telle population dans telle domaine, elle a des chances moindres. C’est une idée très très facilement accessible.

    Ce qui me le semble moins, c’est l’effet de confondre l’effet de répétition d’une sanction institutionnelle (qu’on nomme à tort « récidive ») avec la « réelle » récidive : parce que sanctionner plus sévèrement quelqu’un au nom de la récidive (au sens institutionnel) ça n’est rien d’autre que sanctionner les populations discriminées pour avoir été discriminées (J’espère que cette dernière phrase est claire parce que c’est vraiment l’idée forte de mon commentaire).

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